Titre :
Reconstitution paléo-environnementale d’un site archéologique insulaire : le prieuré clunisien de Grelonges en bord de Saône (Fareins, département de l’Ain).
Résumé :
L’île de Grelonges, sur la Saône -à Fareins, dans l’Ain- a accueilli un prieuré de moniales clunisiennes au début du XIIème siècle. Aucun vestige visible ne témoignait jusque-là de ce passé monastique. En effet, tout a disparu, y compris l’île qui se trouvait sur la Saône, entre le royaume de Francie occidentale et l’empire germanique. Seul le toponyme et quelques remplois de blocs sculptés médiévaux évoquaient l’histoire du lieu. La découverte fortuite d’un caveau funéraire en 1999 a déclenché une dynamique scientifique autour de ce site. Dans le cadre d’un travail de maîtrise d’archéologie médiévale, soutenue à l’Université Lumière Lyon II en 2002, une étude paléoenvironnementale a été menée. Cette opération fructueuse a eu pour but de retrouver les traces d’anciens chenaux de la Saône qui pouvaient entourer la bande de terre sur laquelle le prieuré avait été édifié, ainsi que de préciser les causes de la disparition précoce de ce site, les moniales l’ayant déserté à l’extrême fin du XIIIème siècle.
Publication : Auteurs : Emma Bouvard, Laurent Astrade Revue Archéologique de l’Est volume : 54-2005 Page : 365-377 Date de publication : 2006 2quipe d erecherche : EDYTEM équipe 1
l’auteur :
Jacques Brisotto, âgé de 78 ans en 2008, a eu la gentillesse de rassembler et de nous confier ses mémoires de jeune élève à l’école de Salles en Beaujolais à l’époque où Monsieur et Madame Romanet étaient en poste à l’école. Son récit passionnant permet de replonger dans les années 1940. Suite à sa visite sur le site de la commune, Jacques a découvert plus de 65 ans après avoir rencontré pour la première fois André Romanet, le livre d’André "Le temps de la Comète".
Prenez le temps d’apprécier ces pages de souvenirs offertes par Jacques en mémoire de la famille Romanet et de tous ses amis d’enfance avec qui il a partagé cette page d’histoire de notre école. Jacques a envoyé son manuscrit tout début janvier 2009 en souhaitant à tous les Sallésiens d’hier et d’aujourd’hui une très bonne année 2009.
Arrivée à Salles
Fils d’immigrés Italiens, nous sommes arrivés à Salles en 1935. Je débutais ma scolarité en 1936 sous la tutelle de Madame Gravier (je crois). A la rentrée 1937, Madame Romanet lui succédait. Je rentrais en grande classe en 1940.
Madame Romanet
A mon grand regret, je ne peux m’attarder sur les trois années écoulées sous l’autorité de Madame Romanet, une main de fer dans un gant de velours ! Ses colères étaient tonitruantes (comme l’Etna) car, de source presque sûre, elle avait des origines Siciliennes. Avec elle, j’ai découvert et pratiqué l’A.B.C. de ma langue adoptive sans problème, voir avec avidité. Elle fut pour moi le symbole d’un éveil, d’une protection, et surement d’une secrète bienveillance, j’en suis persuadé.
1940 : Grande Classe !
Précédé par ma soeur et mon frère, de leur bouche, j’avais appris que Monsieur Romanet n’était pas commode !
Monsieur Romanet : un homme avoisinant la taille de deux mètres, élancé, la démarche souple et ample, le cheveu long, collier soigné, une mèche tombante sur le front, un regard nostalgique, presque angoissé, parfois absent, rarement joyeux. Monsieur Romanet ne semblait pas accorder une importance particulière à la tenue, toujours très classique, blouse grise toujours très courte pour sa taille, il avait un penchant pour les charentaises lorsque le temps le permettait, et, lorsque le matin nous rentrions en classe sans sa présence, qu’il arrivait quelques minutes après, le cheveu hirsute et la blouse décalée dans le boutonnage, il y avait "vent de tempête" dans l’air ! danger ! danger !
Ces mauvaises journées sont restées légendaires, elles lui ont valu quelques ennuis. Grands et petits ignorions tout de ses activités parallèles auxquelles se sont ajoutées une vie familiale martelée par des drames. Cet homme, avide de justice, ennemi de la souffrance a, je le pense, vécu un calvaire. Quelque fois, nos bulles ou nos facéties lui arrachaient une esquisse de sourire mais bien vite la réalité le rappelait à l’ordre.
Le Français :
Nous étions menés "tambour battant". Le rêve "fainéantiste" était interdit. Le réveil était toujours "tonique". Les sanctions lourdes. Ses qualités de pédagogue étaient incontestables, hormis les maths qui n’enchantaient pas les foules, Monsieur Romanet excellait, à mon goût, dans le Français, la Géo, les sciences, la nature.
En Français, son art préféré consistait à prendre un texte quelconque et le conter. Il fallait être le dernier des abrutis pour ne pas être suspendu à ses lèves durant toute la lecture ! Selon le thème, il savait mettre nos sens en éveil, avec quel brio. Je me souviens, il nous a lu la guerre du feu, Croc blanc, la mort du loup. Un vrai enchantement et un réel élan vers le désir de lire, le vocabulaire, la grammaire étaient appréhendés dans le même style, mais j’ai surtout retenu la lecture.
La Géographie :
En géographie, c’atait le voyage, le rêve, les espaces. Nous avions pour tâche de découvrir la France et ses colonies, départements par département ou territoire et, pour chacun, en dessiner les contours, les rivières, les villes principales, les ressources, etc... Pour nous (et pas tous) qui ne connaissions à peine Villefranche sur Saône, c’était merveilleux.
L’histoire :
L’histoire se limitait aux grandes époques. Monsieur Romanet était un non violent patenté, donc il estimait que la situation du moment suffisait amplement.
Les Sciences et la nature :
En sciences, nature, il nous a fait découvrir les grands principes régissant la vie sur la planète. Nous avions droit à quelques expériences. Du moment qu’il y avait du feu, de la fumée ou des odeurs, c’était "Ok".
Les découvertes du mercredi :
Bien que l’emploi du temps fut chargé, dés qu’il était possible, Monsieur Romanet nous sortait le mercredi après-midi. Nous marchions soit le long du Sallerin, de la Vauxonne, où à Rochefolle. Au cours de ces sorties, nous apprenions les plantes, les arbres, les champignons, les roches, les insectes, tout ce dont je raffolais. Grace à lui, j’ai ramené à la maison des paniers de rosés, mousserons, girolles, coulemelles, etc ... sans jamais empoisonner personne !!!
Un homme de coeur et une aubaine pour Salles :
En cette période critique, la présence de Monsieur et Madame Romanet à Salles a été une aubaine pour le village, pour les maires successifs, citoyens et étrangers, réfugiés et persécutés. Personnellement, je mes suis retrouvé "petit macaroni"secoué par la folie Italo-Germanique. J’en ai souffert. Monsieur et Madame Romanet ont vite compris ma détresse et m’ont accordé protection et bienveillance. Je ne peux l’oublier. A travers cet attachement , secrètement , en silence , j’ai partagé leurs peines et leurs drames. Sylvie . L’oeuvre cruelle du destin dans la disparition de leur petit garçon. Une atroce souffrance dont Madame Romanet n’a jamais pû guérir. Dans son livre, Monsieur Romanet relate très pudiquement ses activités extra-professionnelles et quelques faits qui ont émaillé cette époque.
Son activité de secrétaire de mairie a largement débordé sur celle d’écrivain public. Il a assuré des cours du soir pour adultes, dont une de mes cousines d’amérique (Inés) a largement profité. La plus petite, Dolorès, a suivi ma classe pour un problème de langue (Italien). Elle était ma voisine de bureau. J’étais son "mentor" (car elle avait toujours un fond de poche conséquent !). En 41 ou 42, les deux belles sont reparties pour l’amérique. Fini les bonbons de chez Madame Longère !!!
J’ai été très heureux de lire la mention de Monsieur Romanet, sur l’arrivée au village de Monsieur et Madame Tomatis et leurs enfants. Bernard et Suzanne, devenus nos voisins et ma seconde famille pour qui je réserve une affection sans borne.
Souvenir de la guerre :
Singulièrement, Monsieur Romanet fait allusion dans son livre à des moments dont j’ai été témoin :
Devoir de mémoire :
Salles ne doit pas oublier ce couple d’enseignants hors du commun. Leur vie durant, ce couple, s’est consacré corps et âmes à l’éducation et à la protection de l’enfance. Plus que jamais, aujourd’hui, sa nomination de "Juste" brille de toute sa valeur.
Fin de la guerre
Juillet 1944 sonne pour moi la fin de la classe communale. Octobre 1944 m’enferme entre quatre murs, loin de Salles. Collège, discipline, froid, faim, canons Allemands sous les préaux. Le débarquement à lieu. Rien ne va plus. Je veux prendre le maquis. Juin 1945, retour à Salles. Monsieur et Madame Romanet sont partis. Dès l’après Libération, la galère continue, le pays se relève à grande peine. En 1949, je décide de devancer l’appel. La durée légale du service militaire est alors de 18 mois. Elle durera 34 ans et quelques mois.
Nostalgie d’un village
Depuis cette date, je vais revoir Salles de manière sporadique. Mon village qui n’échappe pas à la marche du temps. Dommage ! Qu’importe, le vrai Salles est blotti dans mon coeur.
Au revoir !
Adieu, Jamais !!!